La Tolérance.

La tolérance n’est jamais donnée. Elle n’est pas appelée à être une qualité innée de l’homme. Elle ne s’assimile pas non plus à un avatar de la politique de l’autruche, où il serait recommandé de circuler des œillères aux yeux. Elle n’a donc rien à voir avec le relativisme des valeurs.

La tolérance est toujours un résultat. Construite réflexivement, elle impose de calquer l’observation des comportements d’autrui sur les siens pour juger ensuite si notre première réaction : d’étonnement, d’amusement voire d’indignation, était justifiée. Tolérer résulte donc toujours d’un travail sur soi et pour soi. On en vient à se demander s’il est légitime de s’offusquer en pareille situation. Ce n’est qu’ensuite que se répercute sur les autres les conclusions apportées à cette question. Autrement dit, il ne devrait jamais être condamnable d’avoir une réaction de rejet ou de peur envers ce qui se distingue de nos habitudes. Seul pourrait nous être reprochés d’exprimer publiquement ce rejet sans avoir, au préalable, questionné la légitimité de cette réaction.

Pour tolérer – accepter, tacitement ou publiquement – ou ne pas tolérer – agir publiquement – il faut se savoir en société. Donc concevoir que l’on puisse déranger au même titre qu’autrui nous dérange. De plus, il faut disposer d’une grille d’analyse efficace, qui donne sens aux comportements que nous ne comprenons pas.

En acceptant que tel acte soit commis, et donc en acceptant qu’hypothétiquement dans d’autres circonstances, on eût pu le commettre, ou en rejetant ce que l’on ne pourra jamais faire, et donc ce que l’on n’accepte pas d’être, on ne contribue pas tant à la société, que l’on prend conscience de soi-même, en comprenant par l’observation des agissements d’autrui nos propres actes, reflets de nos valeurs.

Ne pas tolérer est donc foncièrement limité par notre condition d’être conscient. Pour devenir un homme, il faut de l’altérité. Mais ne pas tolérer n’est pas non plus, dans ce concept, répréhensible. Cela nous oblige à sortir de la sphère de l’intime pour entrer dans la sphère publique, afin de justifier d’un sentiment de rejet. Il faudra alors convaincre ses pairs. Si l’exercice peut paraître difficile, il peut aussi favoriser l’éveil d’une conscience partagée socialement. Aux tolérants d’agir publiquement, en ne tolérant pas que l’on puisse légitimement exprimer un rejet qui, s’il existe, n’a pas lieu de perdurer.

De part ces réflexions, il nous apparaît nécessaire, de rejeter le relativisme, qui n’est qu’un automatisme, pour opter en faveur d’une tolérance, par essence réflexive, qui suppose aussi de ne pas être automatique. Tolérer c’est aussi ne pas tolérer.

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